Ce chapitre de Première est fondamental pour comprendre l'une des périodes les plus sombres et les plus complexes de notre histoire. Entre la défaite de 1940 et la naissance de la IVe République en 1946, tu vas découvrir comment les Français ont été divisés entre collaboration et Résistance, et comment la République a été refondée sur de nouvelles bases après la Libération.
Objectifs du chapitre
- •Comprendre les causes et les conséquences de la défaite de 1940 et de l'instauration du régime de Vichy.
- •Analyser les formes et les motivations de la collaboration d'État et de la Résistance intérieure.
- •Expliquer le processus de la Libération et les grands principes de la refondation républicaine (1944-1946).
11. L'effondrement de 1940 et la naissance de l'État français (le régime de Vichy)
En mai-juin 1940, l'armée française est balayée par l'offensive allemande, c'est la "drôle de guerre" qui se termine en déroute. Le maréchal Philippe Pétain, héros de la Première Guerre mondiale, devient chef du gouvernement et demande l'armistice le 22 juin 1940. La France est coupée en deux : une zone nord occupée par les Allemands et une zone sud dite "libre". Le 10 juillet 1940, les députés et sénateurs, réunis à Vichy, votent les pleins pouvoirs à Pétain. C'est la fin de la IIIe République. Pétain instaure l'"État français", un régime autoritaire qui rejette la démocratie et prône la "Révolution nationale" basée sur les valeurs "Travail, Famille, Patrie".
L'armistice est signé dans le wagon de Rethondes, dans la forêt de Compiègne, au même endroit où l'Allemagne avait signé sa capitulation en 1918. C'est un symbole fort de la revanche nazie.
Pour ne pas confondre : Vichy est le nom de la ville où s'installe le gouvernement. On parle donc du "régime de Vichy" ou de "l'État français", mais pas de la "République de Vichy" (car ce n'est plus une République).
22. La Collaboration d'État et la persécution des Juifs
La collaboration n'est pas seulement le fait de quelques individus (collabos). C'est d'abord une politique d'État décidée par Pétain, qui rencontre Hitler à Montoire en octobre 1940 et engage la France dans la "collaboration". Le régime de Vichy applique de lui-même des mesures antisémites, sans ordre direct des Nazis. Le statut des Juifs d'octobre 1940 les exclut de la fonction publique et de nombreuses professions. En 1942, avec la rafle du Vélodrome d'Hiver (rafle du Vel' d'Hiv'), la police française arrête plus de 13 000 Juifs parisiens, dont 4 000 enfants, pour les déporter vers les camps d'extermination. Vichy collabore aussi sur le plan économique (livraisons de produits) et militaire (création de la LVF, la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme).
La rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942 est organisée et réalisée par la police française, sous les ordres du préfet de police René Bousquet. C'est l'exemple le plus tragique de la collaboration active.
Pense à la distinction : Collaboration (politique d'État) / collaborateurs (individus qui aident les Nazis). Et n'oublie pas que la persécution des Juifs en France a commencé par les lois de Vichy, avant les déportations.
33. La Résistance intérieure : des engagements divers et risqués
Dès 1940, des voix s'élèvent contre la défaite et Vichy. L'Appel du 18 Juin du général de Gaulle, depuis Londres, est peu entendu mais fonde la France Libre. À l'intérieur du pays, la Résistance naît de façon isolée : distributions de tracts, renseignements, sabotages, aide aux personnes pourchassées. Elle est très diverse : communistes (après l'invasion de l'URSS en 1941), gaullistes, réseaux chrétiens... Jean Moulin, envoyé par de Gaulle, unifie les mouvements en 1943 au sein du Conseil National de la Résistance (CNR). La Résistance est minoritaire et extrêmement risquée : arrestations, tortures, exécutions (comme celle de Jean Moulin en 1943).
Le réseau du "Musée de l'Homme" à Paris, l'un des premiers, diffuse un journal clandestin, "Résistance". Ses membres sont arrêtés et plusieurs sont fusillés en 1942.
Pour comprendre la Résistance, pense à ses trois dimensions : militaire (sabotages), politique (programme du CNR) et morale (refus de l'inacceptable).
44. La Libération (1944) et l'épuration
Le Débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944 (Jour J) marque le début de la Libération. L'armée française, avec la 2e DB du général Leclerc, y participe. Paris se soulève en août 1944 et est libérée le 25 août. De Gaulle installe un gouvernement provisoire et restaure la République. Cette période est aussi celle de l'épuration : violence populaire contre des collaborateurs (épuration sauvage) et procès légaux. Pétain est condamné à mort (peine commuée en prison à vie), Pierre Laval, son chef du gouvernement, est exécuté. Cette épuration, parfois brutale, vise à punir les trahisons et à tourner la page.
La libération de Paris est symbolisée par la descente des Champs-Élysées par le général de Gaulle, le 26 août 1944, sous les acclamations de la foule.
Distinguie bien l'épuration extra-judiciaire (exécutions sommaires, tonte des femmes) de l'épuration légale (procès des hauts responsables comme Pétain).
55. La refondation républicaine (1944-1946) : le programme du CNR et la IVe République
Dès la Libération, le gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle engage de profondes réformes inspirées du programme du Conseil National de la Résistance (CNR). C'est la base du nouveau pacte républicain et social : droit de vote des femmes (appliqué en avril 1945), nationalisations (énergie, banques), création de la Sécurité sociale (1945) pour protéger les citoyens "de la cradle au caveau". Une nouvelle assemblée constituante est élue. Après de vifs débats et le départ de de Gaulle qui désapprouve le retour à un régime d'assemblée trop instable, la IVe République est adoptée par référendum en octobre 1946. Elle est fragile mais porte les espoirs de renouveau démocratique.
La Sécurité sociale, mise en place par Ambroise Croizat (ministre communiste), est financée par des cotisations patronales et salariales. Elle couvre les risques maladie, vieillesse, famille.
Retiens le lien direct entre les idéaux de la Résistance (exprimés dans le programme du CNR) et les grandes réformes sociales de la Libération. C'est la "refondation" promise.
