Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la France et l'Angleterre inventent deux modèles d'État qui marquent encore notre monde aujourd'hui. En Seconde, tu vas comprendre comment la monarchie absolue s'est imposée en France, tandis qu'en Angleterre, un régime parlementaire limitait le pouvoir du roi. Ces deux chemins opposés éclairent les fondements de nos démocraties modernes.
Objectifs du chapitre
- •Comprendre les caractéristiques de la monarchie absolue en France et ses principaux acteurs.
- •Analyser les étapes qui ont mené à la monarchie parlementaire en Angleterre (de la Magna Carta à la Glorieuse Révolution).
- •Comparer les deux modèles pour saisir leurs forces, leurs faiblesses et leurs héritages.
- •Maîtriser le vocabulaire spécifique de l'histoire politique (absolutisme, parlement, monarchie de droit divin...).
1I. La France et la construction de l'État absolu (XVIe-XVIIIe siècles)
En France, l'époque moderne est marquée par le renforcement continu de l'autorité royale. Après les guerres de Religion (1562-1598), les rois cherchent à affirmer leur pouvoir pour garantir l'unité du royaume. Henri IV puis Louis XIII et son ministre Richelieu œuvrent pour soumettre la noblesse et réduire les particularismes régionaux. L'apogée de ce processus est atteint sous le long règne de Louis XIV (1643-1715). L'État se dote d'une administration centralisée, avec des intendants qui représentent le roi dans les provinces. La théorie de la monarchie de droit divin, défendue par des penseurs comme Bossuet, légitime ce pouvoir absolu : le roi ne répond de ses actes que devant Dieu.
Louis XIV incarne cet absolutisme. Il fait construire le château de Versailles, non seulement comme un palais somptueux, mais surtout comme un outil politique. Il y attire la noblesse, la soumet à l'étiquette et la contrôle, la transformant d'une classe guerrière en une cour dépendante de ses faveurs. Sa célèbre phrase « L'État, c'est moi » (même si elle est peut-être apocryphe) résume bien cette fusion entre la personne du roi et l'État.
Pour retenir les grands rois de l'absolutisme français, pense à la formule « HLR » : Henri IV (le fondateur), Louis XIII et Richelieu (les organisateurs), Louis XIV (l'apogée).
2II. L'Angleterre : la voie vers une monarchie limitée
Le parcours anglais est très différent. Dès 1215, la Magna Carta impose au roi Jean sans Terre l'idée qu'il n'est pas au-dessus des lois. Ce principe ne cesse d'être réaffirmé. Au XVIIe siècle, la montée des tensions entre le roi (Charles Ier) et le Parlement (Chambre des Lords et Chambre des Communes) aboutit à une guerre civile (1642-1649). Le roi est exécuté et une république est proclamée. Si la monarchie est restaurée en 1660, le conflit reprend. En 1688-1689, la « Glorieuse Révolution » est décisive : le Parlement chasse le roi Jacques II et invite sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange à régner, à condition qu'ils acceptent la Déclaration des Droits (Bill of Rights).
Le Bill of Rights de 1689 est l'acte fondateur de la monarchie parlementaire anglaise. Il interdit au roi de suspendre les lois, de lever des taxes ou de maintenir une armée en temps de paix sans l'accord du Parlement. Il garantit aussi la liberté de parole au Parlement et le droit de pétition des sujets. Le pouvoir législatif et financier passe ainsi définitivement aux mains du Parlement.
Pour différencier les deux révolutions anglaises du XVIIe siècle : la première (1649) est violente (exécution du roi), la seconde (1688) est « glorieuse » car elle se fait presque sans effusion de sang. C'est un coup d'État parlementaire.
3III. Deux modèles en miroir : forces et fragilités
Le modèle français d'absolutisme permet une grande efficacité en temps de guerre et une unité administrative forte. Cependant, il repose sur la personne du roi et peut conduire à des décisions arbitraires. Il écrase aussi les libertés locales et religieuses (révocation de l'édit de Nantes en 1685). Le modèle anglais, plus lent et conflictuel, aboutit à un équilibre des pouvoirs qui protège mieux les libertés individuelles et la propriété. Il crée une stabilité politique durable. Mais au XVIIIe siècle, la France rayonne en Europe par sa puissance militaire et culturelle, tandis que l'Angleterre pose les bases de sa future puissance économique et coloniale.
Compare la gestion d'une crise. Face à une révolte fiscale, le roi de France envoie l'armée et l'intendant pour la réprimer (ex. : révolte des Bonnets rouges en Bretagne sous Louis XIV). En Angleterre, le Parlement doit débattre et voter les lois fiscales ; s'il refuse, le roi ne peut pas lever d'impôt. C'est ce qui a déclenché la guerre civile contre Charles Ier.
Pour tes comparaisons, utilise un tableau à deux colonnes (France / Angleterre) avec des critères comme : source du pouvoir, rôle du Parlement, libertés des sujets, exemple d'acteur clé.
4IV. Héritages et postérité des deux modèles
Ces deux constructions politiques ont une postérité immense. Le modèle absolutiste français, poussé à l'extrême, contribue à créer les conditions de la Révolution française de 1789, qui renverse la monarchie. Les idées des Lumières s'inspirent d'ailleurs en partie du modèle anglais (Montesquieu admire la séparation des pouvoirs). De son côté, le régime parlementaire anglais devient un modèle pour les futurs États-Unis lors de leur indépendance (1776) et inspire les réformateurs libéraux dans toute l'Europe au XIXe siècle. En étudiant ces deux États, tu comprends l'origine de deux grandes traditions politiques occidentales.
La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 reprend des principes du Bill of Rights anglais (libertés individuelles, résistance à l'oppression). Mais elle les universalise et les radicalise, en les fondant non sur des droits historiques, mais sur la « nature » et la « raison ».
Relie toujours ce chapitre à ce que tu connais : la Révolution française (programme de Seconde) est la réponse violente aux excès de l'absolutisme. Garde ce lien en tête.
